Les bonnes petites âmes, qui s’étaient attroupées par bienveillance autant que par curiosité, se démenaient de leur mieux pour la soigner. C’étaient pour la plupart des gens qui se rendaient, eux aussi, à cette fête de Kwanon, divinité de la Grâce.
Pauvre Kaka-San! On avait essayé de la remonter avec un cordial à l’eau-de-vie de riz; on lui avait frotté le creux de l’estomac avec des herbes aromatiques et tamponné la nuque avec l’eau fraîche d’un ruisseau.
Toto-San la touchait tout doucement, la caressait à tâtons, ne sachant que faire, entravant les autres avec ses gestes d’aveugle, et tremblant plus que jamais de tous ses membres dans son angoisse.
En dernier lieu, on lui avait fait avaler, en boulettes, des morceaux de papier qui contenaient d’efficaces prières écrites par les bonzes et qu’une femme secourable avait consenti à retirer de la doublure de ses propres manches. Peine perdue, car l’heure était sonnée; l’invisible Mort était là, riant au nez de tous ces Nippons et serrant déjà la vieille dans ses mains sûres.
Une dernière contorsion, très douloureuse, et Kaka-San s’affaissa, la bouche ouverte, le corps tout de côté, à moitié tombée de sa boîte et les bras pendants, comme la poupée d’un guignol de pauvres qui serait au repos, la représentation finie.
Ce petit cimetière ombreux, devant lequel s’était accomplie la scène finale, semblait tout indiqué par les Esprits et comme choisi par la morte elle même.
On n’hésita donc pas. On embaucha des coolies qui passaient et bien vite on se mit en devoir de creuser la terre. Tout le monde était pressé, ne voulant pas manquer le pèlerinage, ni laisser cette pauvre vieille sans sépulture, d’autant plus que la journée s’annonçait chaude et que déjà de vilaines mouches s’assemblaient.