Moumoutte Blanche aussi, dès les premiers beaux jours, avait commencé de languir, et, en avril, toutes deux étaient vraiment malades.
Des vétérinaires, appelés en consultation, ordonnèrent sans rire d'inexécutables choses. Pour l'une, des pilules matin et soir et des cataplasmes sur le ventre!... Pour l'autre, de l'hydrothérapie; la tondre ras et la doucher deux fois par jour à grande eau!... Sylvestre lui-même, qui les adorait et s'en faisait obéir comme personne, déclara le tout impossible. On essaya alors des remèdes de bonnes femmes; des mères Michel furent convoquées et on suivit leurs prescriptions, mais rien n'y fit.
Elles s'en allaient toutes deux, nos moumouttes, nous causant une grande pitié,—et ni le beau printemps, ni le beau soleil revenu ne les tiraient de leur torpeur de mort.
Un matin, comme je rentrais d'un voyage à Paris, Sylvestre, en recevant une valise, me dit tristement: «Monsieur, la Chinoise est morte.»
Depuis trois jours, elle avait disparu, elle si rangée, qui jamais ne quittait la maison. Nul doute que, sentant sa fin proche, elle ne fût définitivement partie, obéissant à ce sentiment d'exquise et suprême pudeur qui pousse certaines bêtes à se cacher pour mourir. «Elle était restée toute la semaine, monsieur, perchée là-haut sur le jasmin rouge, ne voulant plus descendre pour manger; elle répondait pourtant toujours quand nous lui parlions, mais d'une petite voix si faible!»
Où donc était-elle allée passer l'heure terrible, la pauvre Moumoutte Chinoise? Peut-être, par ignorance de tout, chez des étrangers qui ne l'auront seulement pas laissée finir en paix, qui l'auront pourchassée, tourmentée,—et mise ensuite au fumier. Vraiment, j'aurais préféré apprendre qu'elle était morte chez nous; mon cœur se serrait un peu, au souvenir de son étrange regard humain, si suppliant, chargé toujours de ce même besoin d'affection qu'elle était incapable d'exprimer, et tout le temps cherchant mes yeux à moi avec cette même interrogation anxieuse qui n'avait jamais pu être formulée... Qui sait quelles mystérieuses angoisses traversent les petites âmes confuses des bêtes, aux heures d'agonie?...
XXII
Comme si un méchant sort eût été jeté sur nos chattes, Moumoutte Blanche, aussi, semblait à la fin.
Par fantaisie de mourante, elle avait élu son dernier domicile dans mon cabinet de toilette—sur certain lit de repos dont la couleur rose l'avait sans doute charmée. On lui portait là un peu de nourriture, un peu de lait, auquel elle ne touchait même plus; seulement, elle vous regardait quand on entrait, avec de bons yeux contents de vous voir, et faisait encore un pauvre ronron affaibli, quand on la touchait doucement pour une caresse.