Et pourtant j'étais bien avare de ces quelques jours derniers passés à Papeete, bien jaloux de ces dernières heures d'amour et d'étrange bonheur...
XI
Papeete, 29 novembre.
Encore le chant rapide, et le bruit et la frénésie de la upa-upa; encore la foule des Tahitiennes devant le palais de Pomaré; une dernière grande fête au clair des étoiles comme autrefois.
Assis sous la véranda de la reine, je tenais dans ma main la main amaigrie de Rarahu, qui portait dans ses cheveux une profusion inusitée de fleurs et de feuillage. Près de nous était assise Taïmaha, qui nous contait sa vie d'autrefois, sa vie avec Rouéri. Elle avait ses heures de souvenir et de douce sensibilité; elle avait versé des larmes vraies, en reconnaissant certain pareo bleu, -- pauvre relique du passé que mon frère avait jadis rapportée au foyer, et que moi j'avais trouvé plaisir à ramener en Océanie.
Notre voyage à Moorea était décidé en principe; il n'y avait plus que les difficultés matérielles qui en retardaient l'exécution.
XII
1er décembre 1873.
Le départ pour Moorea s'organisa de grand matin sur la plage.
Le chef Tatari, qui rejoignait son île, donnait passage à Taïmaha et à moi sur la recommandation de la reine. -- Il emmenait aussi deux jeunes hommes de son district, et deux petites filles qui tenaient des chats en laisse. Ce fut en face même de la case abandonnée de Rouéri que nous vînmes nous embarquer; le hasard avait amené ce rapprochement.