Ce n'était pas sans grand'peine que ce voyage avait pu s'arranger, l'amiral ne comprenait point quelle nouvelle fantaisie me prenait d'aller courir dans cette île de Moorea, et, en raison du peu de temps que le Rendeer devait passer à Papeete, il m'avait pendant deux jours refusé l'autorisation de partir. De plus, les vents régnants rendaient les communications difficiles entre les deux pays, et la date de mon retour à Tahiti restait problématique.
On mettait à l'eau la baleinière de Tatari; les passagers apportaient leur léger bagage et prenaient gaîment congé de leurs amis; nous allions partir.
A la dernière minute, Taïmaha, changeant brusquement d'idée, refusa de me suivre; elle alla s'appuyer contre la case de Rouéri, et, cachant sa tête dans ses mains, elle se mit à pleurer.
Ni mes prières, ni les conseils de Tatari ne purent rien contre la décision inattendue de cette femme, et force nous fut de nous éloigner sans elle.
XIII
La traversée dura près de quatre heures; au large, le vent était fort et la mer grosse, la baleinière se remplit d'eau.
Les deux chats passagers, fatigués de crier, s'étaient couchés tout mouillés auprès des deux petites filles, qui ne donnaient plus signe de vie.
Tout trempés, nous abordâmes loin du point que nous voulions atteindre, dans une baie voisine du district de Papetoaï, -- pays sauvage et enchanteur, où nous tirâmes la baleinière au sec sur le corail.
Il y avait très loin, de ce lieu au district de Mataveri qu'habitaient les parents de Taïmaha et le fils de mon frère.
Le chef Tauïro me donna pour guide son fils Tatari, et nous partîmes tous deux par un sentier à peine visible, sous une voûte admirable de palmiers et de pandanus.