La case de la vieille Hapoto était à quelques pas de la mer; c'était la classique case maorie, avec les vieux pavés de galets noirs, la muraille à jours, et le toit de pandanus, repaire des scorpions et des cents-pieds. -- Des pièces de bois massives soutenaient de grands lits d'une forme antique, dont les rideaux étaient faits de l'écorce distendue et assouplie du mûrier à papier. -- Une table grossière composait, avec ces lits primitifs, tout l'ameublement du logis; mais sur cette table était posée une Bible tahitienne, qui venait rappeler au visiteur que la religion du Christ était en honneur dans cette chaumière perdue.

Téharo, le frère de Taïmaha, était un homme de vingt-cinq ans, à la figure intelligente et douce; il avait conservé de mon frère un souvenir mêlé de respect et d'affection, et me reçut avec joie.

Il avait à sa disposition la baleinière du chef du district, et nous convînmes de repartir pour Tahiti dès que le vent et l'état de la mer nous le permettraient.

J'avais dit que j'étais habitué à la nourriture indigène, et que je me contenterais comme le reste de la famille des fruits de l'arbre-à-pain. Mais la vieille Hapoto avait ordonné de grands préparatifs pour mon repas du soir, qui devait être un festin. On poursuivit plusieurs poules pour les étrangler, et on alluma sur l'herbe un grand feu, destiné à cuire pour moi le feii et les fruits de l'arbre-à-pain.

XVIII

Cependant le temps s'écoulait lentement. Il fallait plus d'une heure encore avant que la jeune fille qui était allée chercher les actes de naissance des enfants de Taïmaha pût revenir.

En l'attendant, je fis au bord de la mer, avec mes nouveaux amis, une promenade qui m'a laissé un souvenir fantastique comme celui d'un rêve.

Depuis cet endroit jusqu'au district d'Afareahitu vers lequel nous nous dirigions, le pays n'est plus qu'une étroite bande de terrain, longue et sinueuse, resserrée entre la mer et les mornes à pic, -- au flanc desquels sont accrochées d'impénétrables forêts.

Autour de moi, tout semblait de plus en plus s'assombrir. Le soir, l'isolement, la tristesse inquiète qui me pénétrait, prêtaient à ces paysages quelque chose de désolé.

C'étaient toujours des cocotiers, des lauriers-roses en fleurs et des pandanus, tout cela étonnamment haut et frêle, et courbé par le vent. Les longues tiges des palmiers, penchées en tous sens, portaient çà et là des touffes de lichen qui pendaient comme des chevelures grises. -- Et puis, sous nos pieds, toujours cette même terre nue et cendrée, criblée de trous de crabes.