Il y avait entre Rarahu et Moé une affinité mystérieuse; -- étrangement malheureuses toutes deux, et brisées, elles avaient le même caractère, les mêmes allures et le même genre de charme.
Rarahu répondit qu'elle serait prête. -- La pauvre petite en effet n'avait guère à emporter que quelques robes de mousseline de diverses couleurs, -- et son fidèle vieux chat gris...
Et nous prîmes congé de Pomaré, en serrant avec effusion et de tout notre coeur ses vieilles mains royales. -- La princesse Ariitéa, qui avait reparu dans le salon, vint en tenue de bal nous accompagner jusqu'à la porte du jardin; elle disait à Rarahu pour la consoler des choses aussi douces que si elle eût été sa soeur... Et pour la dernière fois nous descendîmes à la plage...
XXXV
Il faisait nuit close encore.
Au bord de la mer, des groupes nombreux stationnaient; toutes les filles de la cour, dans leurs toilettes de la veille au soir, avaient suivi les officiers du Rendeer. -- Si on n'eût entendu quelques jeunes femmes pleurer, on eût dit plutôt une fête qu'un départ.
Et ce fut là que, un peu avant le jour, j'embrassai pour la dernière fois ma petite amie.
En même temps que le Rendeer quittait l'île délicieuse, la voiture qui emportait Rarahu et Moé quittait Papeete, -- et longtemps Rarahu put voir, par les échappées des cocotiers, à travers les rideaux de verdure, -- le Rendeer s'éloigner sur l'immensité bleue. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
QUATRIÈME PARTIE
"Aue! Aue! a munaiho te tiaré iti tarona menehenehe!...
"Aue! Aue! i teienei ra, na maheahea!..."
(Hélas! Hélas! autrefois elle était jolie, la petite fleur d'arum!...
Hélas! Hélas! maintenant elle est fanée!...)
(RARAHU)