I
Quelques jours plus tard, le Rendeer, poursuivant sa route à travers le Pacifique, passa en vue des mornes de Rapa, la plus australe des îles polynésiennes. Et puis cette dernière terre des Maoris disparut elle-même de notre grand horizon monotone, -- et ce fut fini de l'Océanie.
Après avoir relâche au Chili, nous sortîmes du Grand Océan par le détroit de Magellan, pour rentrer en Europe par la Plata, le Brésil et les Açores.
II
Un triste matin de mars, au lever incertain d'un jour brumeux, je revins à Brightbury, frapper à la porte de ma maison chérie... On ne m'attendait pas encore.
Je tombai dans les bras de ma vieille mère, qui tremblait d'émotion et de surprise. -- Le bonheur et l'étonnement furent grands de me revoir.
Après les premiers moments, une impression de tristesse succède à la joie; un serrement de coeur se mêle au charme du retour: des années ont passé depuis le départ; on regarde ceux que l'on chérit: le temps a laissé sur eux ses traces, -- on les trouve vieillis... Heureux encore, s'il n'y a point de place vide au foyer!...
C'est triste une matinée d'hiver dans nos climats du Nord, -- surtout quand on a la tête toute remplie des images ensoleillées des tropiques. C'est triste, le jour pâle, le ciel morne et sans rayons, -- le froid qu'on avait oublié, -- les vieux arbres sans feuilles, -- les tilleuls humides et moussus, -- et le lierre sur les pierres grises.
Pourtant, qu'on est bien au foyer! -- quelle joie de les revoir tous, y compris les vieux serviteurs qui ont veillé sur votre enfance; de retrouver les douces coutumes oubliées, les bonnes soirées d'hiver d'autrefois, et comme, au coin du feu, l'Océanie semble un rêve singulier!...
Le matin où je revins à Brightbury frapper à la porte de ma maison, j'encombrais la rue de bagages, de colis et de caisses énormes.