-- "Ia ora na, Loti!" (Je te salue, Loti!) dit tout à coup derrière moi une petite voix bien connue, qui semblait encore trop jeune et trop fraîche pour être mêlée au tumulte de cette fête.

Et je répondis, étonné:

-- "Ia ora na, Rarahu!" (Je te salue, Rarahu!)

C'était bien elle, pourtant, la petite Rarahu, en robe blanche, et donnant la main à Tiahoui. C'étaient bien elles deux, -- qui semblaient intimidées de se trouver dans ce milieu inusité, où tant de jeunes femmes les regardaient. Elles m'abordaient avec de petites mines, demi-souriantes, demi-pincées, -- et il était aisé de voir que l'orage était dans l'air.

-- Ne veux-tu pas te promener avec nous, Loti? Ici ne nous connais-tu pas? Et ne sommes-nous pas autant que les autres bien habillées et jolies?

Elles savaient bien qu'elles l'étaient plus que les autres, au contraire, -- et, sans cette conviction, probablement elles n'eussent point tenté l'aventure.

-- Allons plus près, dit Rarahu; je veux voir à ce qu'elles font dans la maison de la reine.

Et tous trois, nous tenant par la main, au milieu des tuniques de mousseline et des couronnes de fleurs, nous nous approchâmes des fenêtres ouvertes, -- pour regarder ensemble cette chose singulière à plus d'un titre: une réception chez la reine Pomaré.

-- Loti, demanda d'abord Tiahoui, -- celles-ci, que font-elles?... Elle montrait de la main un groupe de femmes légèrement bistrées, et parées de longues tuniques éclatantes, qui étaient assises avec des officiers autour d'une table couverte d'un tapis vert. Elles remuaient des pièces d'or et de nombreux petits carrés de carton peint, qu'elles faisaient glisser rapidement dans leurs doigts, tandis que leurs yeux noirs conservaient leur impassible expression de câlinerie et de nonchalance exotique.

Tiahoui ignorait absolument les secrets du poker et du baccara; elle ne saisit que d'une manière imparfaite les explications que je pus lui en donner.