Une chose horrible était là dans ce lieu, que nous considérions comme appartenant à nous seuls: un vieux Chinois tout nu, lavant dans notre eau limpide son vilain corps jaune...
Il semblait chez lui et ne se dérangeait nullement... Il avait relevé sa longue queue de cheveux gris nattés, et l'avait roulée en manière de chignon de femme sur la pointe de son crâne chauve... Complaisamment il lavait dans notre ruisseau ses membres osseux qui semblaient enduits de safran, -- et le soleil l'éclairait tout de même, de sa lueur discrètement voilée par la verdure, -- et l'eau fraîche et claire bruissait tout de même autour de lui, -- avec autant de naturel et de gaîté qu'elle eût pu le faire pour nous...
XXVII
... J'observais, posté derrière les branches... La curiosité me tenait là attentif et immobile... Je m'étais condamné au spectacle de ce bain, attendant avec anxiété ce qui allait s'ensuivre...
Je n'attendis pas longtemps; un léger frôlement de branches, un bruit de voix douces, m'indiqua bientôt que les deux petites filles arrivaient...
Le Chinois, qui les avait entendues aussi, se leva d'un bond, comme mû par un ressort... Soit pudeur, soit honte d'étaler au soleil d'aussi laides choses, il courut à ses vêtements... Les nombreuses robes de mousseline qui, superposées, composaient son costume, pendaient çà et là, accrochées aux branches des arbres.
Il avait eu le temps d'en passer deux ou trois, quand les petites arrivèrent.
Le chat de Rarahu, qui ouvrait la marche, fit un haut-le-corps très significatif en apercevant l'homme jaune, et rebroussa chemin d'un air indigné...
Tiahoui parut ensuite; -- elle eut un temps d'arrêt en portant la main à son menton, et riant sous cape, comme une personne qui aperçoit quelque chose de très drôle...
Rarahu regarda par-dessus son épaule, riant aussi... Après quoi toutes deux s'avancèrent résolument, en disant d'un ton narquois: