Deux fois par an, le vieux Tahaapaïru coupait la sienne, et l'expédiait à Hivaoa, la plus barbare des îles Marquises, où elle se vendait au prix de l'or.

L

...Rarahu examinait avec beaucoup d'attention et de terreur une tête de mort que je tenais sur mes genoux.

Nous étions assis tout en haut d'un tumulus de corail, au pied des grands bois de fer. C'était le soir, dans le district perdu de Papenoo; le soleil plongeait lentement dans le grand Océan vert, au milieu d'un étonnant silence de la nature.

Ce soir-là, je regardais Rarahu avec plus de tendresse; c'était la veille d'un départ; le Rendeer allait s'éloigner pour un temps, et visiter au nord l'archipel des Marquises.

Rarahu, sérieuse et recueillie, était plongée dans une de ses rêveries d'enfant que je ne savais jamais qu'imparfaitement pénétrer. Un moment elle avait été illuminée de lumière dorée, et puis, le radieux soleil s'étant abîmé dans la mer, elle se profilait maintenant en silhouette svelte et gracieuse sur le ciel du couchant...

Rarahu n'avait jamais regardé d'aussi près cet objet lugubre qui était posé là sur mes genoux et qui, pour elle comme pour tous les Polynésiens, était un horrible épouvantail.

On voyait que cette chose sinistre éveillait dans son esprit inculte une foule d'idées nouvelles, -- sans qu'elle pût leur donner une forme précise...

Cette tête devait être fort ancienne; elle était presque fossile, -- et teinte de cette nuance rouge que la terre de ce pays donne aux pierres et aux ossements... La mort a perdu de son horreur quand elle remonte aussi loin...

-- Riaria! disait Rarahu... Riaria, mot tahitien qui ne se traduit qu'imparfaitement par le mot épouvantable, -- parce qu'il désigne là-bas cette terreur particulièrement sombre qui vient des spectres ou des morts...