Les femmes de sa suite avaient, dans cette pénombre d'un appartement fermé, dans ce calme silence du jour tropical, un charme indéfinissable. -- Elles étaient belles presque toutes de la beauté tahitienne: des yeux noirs, chargés de langueur, et le teint ambré des gitanos. -- Leurs cheveux dénoués étaient mêlés de fleurs naturelles et leurs robes de gaze traînantes, libres à la taille, tombaient autour d'elles en longs plis flottants.

C'était sur la princesse Ariitéa surtout, que s'arrêtaient involontairement mes regards. Ariitéa à la figure douce, réfléchie, rêveuse, avec de pâles roses du Bengale, piquées au hasard dans ses cheveux noirs...

VII

Les compliments terminés, l'amiral dit à la reine:

-- Voici Harry Grant que je présente à Votre Majesté; il est le frère de Georges Grant, un officier de marine, qui a vécu quatre ans dans votre beau pays.

L'interprète avait à peine achevé de traduire, que Pomaré me tendit sa main ridée; un sourire bon enfant, qui n'avait plus rien d'officiel, éclaire sa vieille figure:

-- Le frère de Rouéri! dit elle en désignant mon frère par son nom tahitien. -- Il faudra revenir me voir... -- Et elle ajouta en anglais: "Welcome!" (Bienvenu!) ce qui parut une faveur toute spéciale, la reine ne parlant jamais d'autre langue que celle de son pays.

-- "Welcome!" dit aussi la reine de Bora-Bora, qui me tendit la main, en me montrant dans un sourire ses longues dents de cannibale...

Et je partis charmé de cette étrange cour...

VIII