A côté d'elle, Paüra, son inséparable amie, type charmant de la sauvagesse, avec son étrange laideur ou son étrange beauté, -- tête à manger du poisson cru et de la chair humaine, -- singulière fille qui vit au milieu des bois dans un district lointain, -- qui possède l'éducation d'une miss anglaise, et valse comme une Espagnole...
Titaüa, qui charma le prince Alfred d'Angleterre, type unique de la Tahitienne restée belle dans l'âge mûr; constellée de perles fines, la tête surchargée de reva-reva flottants.
Ses deux filles, récemment débarquées d'une pension de Londres, déjà belles comme leur mère; des toilettes de bal européennes, à demi dissimulées, par condescendance pour les désirs de la reine, sous des tapas tahitiennes en gaze blanche.
La princesse Ariitéa, belle-fille de Pomaré, avec sa douce figure, rêveuse et naïve, fidèle à sa coiffure de roses du Bengale naturelles, piquées dans ses cheveux dénoués.
La reine de Bora-Bora, autre vieille sauvagesse aux dents aiguës, en robe de velours.
La reine Moé (Moé: sommeil ou mystère), en robe sombre, d'une beauté régulière et mystique, ses yeux étranges à demi fermés, avec une expression de regard en dedans, comme les portraits d'autrefois.
Derrière ces groupes en pleine lumière, dans le profondeur transparente des nuits d'Océanie, les cimes des montagnes se découpant sur le ciel étoilé; une touffe de bananiers dessinant leurs silhouettes pittoresques, leurs immenses feuilles, leurs grappes de fruits semblables à des girandoles terminées par des fleurs noires. Derrière ces arbres, les grandes nébuleuses du ciel austral faisaient un amas de lumière bleue, et la Croix-du-Sud brillait au milieu. Rien de plus idéalement tropical que ce décor profond.
Dans l'air, ce parfum exquis de gardénias et d'orangers, qui se condense le soir sous le feuillage épais; un grand silence, mêlé de bruissements d'insectes sous les herbes; et cette sonorité particulière aux nuits tahitiennes, qui prédispose à subir la puissance enchanteresse de la musique.
Le morceau choisi était celui où Vasco, enivré, se promène seul dans l'île qu'il vient de découvrir, et admire cette nature inconnue; -- morceau où le maître a si parfaitement peint ce qu'il savait d'intuition, les splendeurs lointaines de ces pays de verdure et de lumière. -- Et Randle, promenant ses yeux autour de lui, commença de sa voix délicieuse:
Pays merveilleux,
Jardins fortunés.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .Oh! paradis... sorti de l'onde...
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