Dans l'après-midi, la reine et les princesses s'embarquèrent de nouveau pour retourner à Papeete. Quand elles eurent été reçues avec les honneurs d'usage, je restai les yeux fixés sur les canots nombreux, pirogues et baleinières qui ramenaient leur suite; la foule s'était augmentée encore d'une quantité de jeunes femmes de Moorea qui voulaient prolonger la fête à Tahiti.
Enfin, je vis Rarahu; elle était là, elle revenait aussi. Elle avait changé sa tapa blanche pour une tapa rose, et mis des fleurs fraîches dans ses cheveux; on voyait plus nettement son tatouage sur son front décoloré, et les cercles bleuâtres s'étaient accentués sous ses yeux.
Sans doute elle était restée à la upa-upa jusqu'au matin, mais elle était là, elle revenait, et c'était pour le moment tout ce que je désirais d'elle.
XXXIII
La traversée s'était effectuée par un beau temps calme.
C'était le soir, le soleil venait de disparaître; le frégate glissait sans bruit, en laissant derrière elles des ondulations lentes et molles qui s'en allaient mourir au loin sur une mer unie comme un miroir. De grands nuages sombres étaient plaqués çà et là dans le ciel, et tranchaient violemment sur la teinte jaune pâle du soir, dans une étonnante transparence de l'atmosphère.
A l'arrière du Rendeer, un groupe de jeunes femmes se détachait gracieusement sur la mer et sur les paysages océaniens. C'était une groupe dont la vue me causa un étonnement extrême: Ariitéa et Rarahu, causant ensemble comme des amies; auprès d'elles, Maramo, Faïmana et deux autres suivantes de la cour.
Il était question d'un himéné composé par Rarahu, et qu'elles allaient chanter ensemble.
En effet, elles entonnaient un chant nouveau en trois parties, Ariitéa, Rarahu et Maramo.
La voix de Rarahu, qui dominait vibrante, disait nettement ces paroles, dont aucune ne fut perdue pour moi: