Elle le recoucha sur sa couchette, et elle se mit à examiner d'autres lits où elle ne trouva point l'enfant qu'elle cherchait. Elle promenait au bout d'une longue tige sa lampe fumeuse, et n'éclairait que de vieilles femmes peaux-rouges immobiles et rigides, roulées dans des pareo d'un bleu sombre à grandes raies blanches; on les eût prises pour des momies roulées dans des draps mortuaires...

Un éclair d'inquiétude passa dans les yeux veloutés de Taïmaha:

-- Vieille Huahara, dit-elle, où donc est mon fils Atario?...

La vieille Huahara se souleva sur son coude décharné, et fixa sur nous son regard effaré par le réveil:

-- Ton fils n'est plus avec nous, Taïmaha, dit-elle; il a été adopté par ma soeur Tiatiara-honui (Araignée), qui habite à cinq cents pas d'ici, au bout du bois de cocotiers...

XLII

Nous traversâmes encore ce bois dans la nuit noire.

A la case de Tiatiara-honui, même scène, même cérémonie de réveil, semblable à une évocation de fantômes.

On éveilla un enfant qu'on m'apporta. Le pauvre petit tombait de sommeil; il était nu. Je pris sa tête dans mes mains et l'approchai de la lampe que tenait la vieille Araignée, soeur de Huahara. L'enfant, ébloui, fermait les yeux.

-- Oui! celui-ci est bien Atario, dit de loin Taïmaha qui était restée à la porte.