-- C'est le fils de mon frère?... lui demandai-je d'une façon qui dut la remuer jusqu'au fond du coeur.

-- Oui, dit-elle, comprenant que la réponse était solennelle, oui, c'est le fils de ton frère Rouéri!...

La vieille Tiatiara-honui apporta une robe rose pour l'habiller, mais l'enfant s'était rendormi entre mes mains; je l'embrassai doucement et le recouchai sur na natte. Puis je fis signe à Taïmaha de me suivre, et nous reprîmes le chemin de Papeete.

Tout cela s'était passé comme dans un rêve. J'avais à peine pris le temps de le regarder, et cependant ses traits d'enfant s'étaient gravés dans ma mémoire, de même que, la nuit, une image très vive, qu'on a perçue un instant, persiste et reparaît encore, après qu'on a fermé les yeux.

J'étais singulièrement troublé, et mes idées étaient bouleversées; j'avais perdu toute conscience du temps et de l'heure qu'il pouvait bien être. Je tremblais de voir se lever le jour et d'arriver juste à temps pour le départ du Rendeer sans pouvoir retourner dans ma chère petite case, ni même embrasser Rarahu que peut-être je ne reverrais plus...

XLIII

Quand nous fûmes dehors, Taïmaha me demanda:

-- Tu reviendras demain?

-- Non, dis-je, je pars de grand matin pour la terre de Californie.

Un moment après, elle demanda avec timidité: