En plus des maximes de renoncement et de sagesse inscrites du haut en bas de sa stèle, Confucius a légué à ce sanctuaire quelques pensées sur la littérature, que l'on a gravées en lettres d'or, de manière à former çà et là des tableaux accrochés aux murailles.
Et en voici une que je transcris à l'intention de jeunes érudits d'occident, préoccupés surtout de classifications et d'enquêtes. Ils y trouveront une réponse vénérable et plus de deux fois millénaire à l'une de leurs questions favorites:
«La Littérature de l'avenir sera la littérature de la pitié.»
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Il est près de cinq heures quand nous sortons de ces temples, de ces herbes et de ces ruines, et le triste soleil rose d'automne achève de décliner là-bas derrière l'immense Chine, du côté de l'Europe lointaine. Je me sépare alors de mes compagnons du jour, car ils habitent, eux, le quartier des Légations, dans le sud de la «Ville tartare», et moi, c'est dans la «Ville impériale», fort loin d'ici.
A travers les dédales et les solitudes de Pékin, j'ignore absolument le chemin à suivre pour sortir de ces lieux morts où nous venons de passer la journée et où jamais je n'étais venu. J'ai pour guide un «mafou» que l'on m'a prêté (en français: un piqueur). Et je sais seulement que je dois faire plus d'une lieue avant d'atteindre mon gîte somptueux et désolé.
Mes compagnons partis, je chemine un moment encore au milieu du silence des vieilles rues sans habitants pour arriver bientôt dans des avenues larges, qui paraissent sans fin, et où commencent à grouiller des robes de coton bleu et des faces jaunes à longue queue. De petites maisons toutes basses, toutes maussades et grises, s'en vont à l'interminable file de chaque côté des chaussées, où les pas des chevaux dans la terre friable et noire soulèvent d'infects nuages.
Si basses les maisons et si larges les avenues, que l'on a sur la tête presque toute l'étendue du ciel crépusculaire. Et, tant le froid augmente vite à la tombée du jour, il semble que, de minute en minute, tout se glace.
Parfois le grouillement est compact autour des boutiques où l'on vend à manger, dans la fétidité qu'exhalent les boucheries de viande de chien ou les rôtisseries de sauterelles. Mais quelle bonhomie, en somme, chez tous ces gens de la rue, qui, au lendemain des bombardements et des batailles, me laissent passer sans un regard de malveillance! Qu'est-ce que je ferais pourtant, avec mon «mafou» d'emprunt et mon revolver, si ma figure allait ne pas leur convenir?
Ensuite, on se retrouve isolés, pour un temps, parmi les décombres, au milieu de la désolation des quartiers détruits.