PÉKIN AU PRINTEMPS
I
Jeudi 18 avril 1901.
Le terrible hiver de Chine, qui nous avait pour quatre mois chassés de ce golfe de Pékin envahi par les glaces, vient de finir, et nous voici de nouveau à notre poste de misère, revenus avec le printemps sur les eaux bourbeuses et jaunes, devant l'embouchure du Peï-Ho.
Aujourd'hui, la télégraphie sans fil, par une série d'imperceptibles vibrations cueillies en haut de la mâture du Redoutable, nous informe que le palais de l'Impératrice, occupé par le feld-maréchal de Waldersee, était en feu cette nuit et que le chef d'état-major allemand a péri dans la flamme.
De toute l'escadre alliée, nous sommes les seuls avertis, et l'amiral aussitôt me donne l'ordre imprévu de partir pour Pékin, où je devrai offrir ses condoléances au maréchal et le représenter aux funérailles allemandes.
Vingt-cinq minutes pour mes préparatifs, emballage de grande et de petite tenue; le bateau qui doit m'emporter à terre ne saurait attendre davantage sans risquer de manquer la marée et de ne pouvoir franchir ce soir la barre du fleuve.
Printemps encore incertain, brise froide et mer remuante. Au bout d'une heure de traversée, je mets pied sur la berge de l'horrible Takou, devant le quartier français où il me faudra passer la nuit.
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Vendredi 19 avril.