"Tenez, ma chère petite, reprit la vieille dame, en présentant un écrin fané, je vous ai apporté une parure de ma jeunesse; comme elle est orientale, vous ne pourrez pas dire qu'elle est démodée, et elle fera si bien sur votre robe d'aujourd'hui!"

C'était un collier ancien, qu'elle lui passa au cou; des émeraudes, dont le vert en effet s'harmonisait délicieusement avec le rose du costume:

"Oh! ça vous va, ma chère enfant, ça vous va, c'est à ravir!… Notre Hamdi, qui s'y entend si bien aux couleurs, vous trouvera irrésistible ce soir!…"

Elle-même y tenait, certainement, à ce que Hamdi la trouvât plaisante, car elle comptait sur son charme comme principal moyen de lutte et de revanche. Mais rien ne l'humiliait plus que cette manie qu'on avait de la parer du matin au soir: "Ma chère petite, relevez donc un peu cette gentille mèche, là, sur l'oreille; notre Hamdi vous trouvera encore plus jolie… Ma chère petite, mettez donc cette rose-thé dans vos cheveux; c'est la fleur que notre Hamdi préfère…" Tout le temps ainsi, traitée en odalisque, en poupée de luxe, pour le plus grand plaisir du maître!…

Une rougeur aux joues, elle avait remercié à peine de ce collier d'émeraudes, quand un nègre de service vint dire que le bey était en vue, qu'il arrivait à cheval et tournait l'angle de la plus proche mosquée. La vieille dame aussitôt se leva:

"Il n'est que temps de battre en retraite, Durdané, nous autres. Ne gênons pas les nouveaux mariés, ma chère…"

Elles prirent la fuite comme deux Cendrillons, et Durdané, se retournant sur le seuil, avant de disparaître, envoya pour adieu son méchant sourire agressif.

La petite mariée alors s'approcha d'un miroir… L'autre jour, elle était entrée chez son mari aussi blanche que sa robe à traîne, aussi pure que l'eau de ses diamants; pendant sa vie antérieure, toute consacrée à l'étude, loin du contact des jeunes hommes, jamais une image sensuelle n'avait seulement traversé son imagination. Mais les câlineries de plus en plus enlaçantes de ce Hamdi, la senteur saine de son corps, la fumée de ses cigarettes, commençaient, malgré elle, de lui insinuer en pleine chair un trouble que jamais elle n'aurait soupçonné…

Dans l'escalier, le cliquetis d'un sabre de cavalerie, il arrivait, il était tout près!… Et elle savait imminente l'heure où s'accomplirait, entre leurs deux êtres, cette communion intime, qu'elle ne se représentait du reste qu'imparfaitement… Or, voici qu'elle sentait pour la première fois un désir inavoué de sa présence,—et la honte de désirer quelque chose de cet homme lui faisait monter dans l'âme une poussée nouvelle de révolte et de haine…

V