J'ignore quelles erreurs politiques a pu commettre cette reine, pour avoir encouru une telle défaveur, dans ce pays auquel elle avait donné sa bonté, son cœur, sa vie. D'ailleurs, il ne m'appartiendrait pas de les juger.

Il est une seule faute que je vois bien: avoir voulu ce mariage, avoir cru qu'une jeune fille, égale de tant d'autres qui enviaient sa faveur, pourrait dans sa propre patrie devenir reine! Et cette faute a probablement été la plus dangereuse de toutes; c'est celle que n'ont pas pardonnée et ne pardonneront jamais toutes ces petites poupées charmantes qui, il y a un an, dansaient la Hora, en longue chaîne pailletée et dorée, autour de leur souveraine. C'est là l'origine des haines déchaînées, de ces haines féminines qui ne reculent devant rien et qui savent peu à peu entraîner toutes les autres.

Et je sentais une immense pitié attendrie pour cette reine, un désespoir de mon impuissance à la défendre, à seulement la venger un peu.

VII

Dimanche 16 août.

Une demi-heure avant mon départ, je descends, pour ma visite d'adieu matinal à la reine.

Mais, en bas, dans le grand salon, je trouve les demoiselles d'honneur qui m'attendent. La reine, disent-elles, est plus malade, beaucoup plus malade. Toutes deux ont passé la nuit à son chevet. Elle ne peut me recevoir.

Alors, je me mets à lui écrire, tout ce que je lui aurais dit dans cette causerie de grand adieu. Puis, je confie ma lettre aux deux jeunes filles, et une gondole m'emmène à la gare.

Déjà monté dans le wagon qui doit m'emporter à Gênes, je vois venir, le front en sueur, un faquino qui avait couru après moi; il me remet une enveloppe grise au timbre royal, et j'en retire un feuillet crayonné:

Je puis à peine écrire, étant plus mal et tout à fait au lit.