...Entre tout à coup, comme un papillon de nuit réveillé par le plein jour, comme une phalène rare et surprenante, la danseuse d'à côté, l'enfant qui portait le masque sinistre. C'est pour me voir sans doute. Elle roule des yeux de chatte craintive; puis, apprivoisée tout de suite, vient s'appuyer contre moi, avec une câlinerie de bébé qui sonne adorablement faux. Elle est mignonne, fine, élégante; elle sent bon. Drôlement peinte, blanche comme du plâtre, avec un petit rond rose bien régulier au milieu de chaque joue; la bouche carminée et un peu de dorure soulignant la lèvre inférieure. Comme on n'a pas pu blanchir la nuque, à cause des cheveux follets qui sont nombreux, on a, par amour de la correctitude, arrêté là le plâtrage blanc en une ligne droite que l'on dirait coupée au couteau; il en résulte, derrière son cou, un carré de peau naturelle, qui est très jaune....
Un son impérieux de guitare derrière la cloison, un appel évidemment! Crac, elle se sauve, la petite fée, s'en va retrouver les imbéciles d'à côté.
Si j'épousais celle-ci, sans chercher plus loin? Je la respecterais comme un enfant à moi confié; je la prendrais pour ce qu'elle est, pour un jouet bizarre et charmant. Quel amusant petit ménage cela me ferait! Vraiment, tant qu'à épouser un bibelot, j'aurais peine à trouver mieux....
Entrée de M. Kangourou. Complet en drap gris, de la Belle-Jardinière ou du Pont-Neuf, chapeau melon, gants de filoselle blancs. Figure à la fois rusée et niaise; presque pas de nez, presque pas d'yeux. Révérence à la japonaise: plongeon brusque, les mains posées à plat sur les genoux, le torse faisant angle droit avec les jambes comme si le bonhomme se cassait; petit sifflement de reptile (que l'on produit en aspirant la salive entre les dents et qui est le dernier mot de la politesse obséquieuse dans cet empire).
—Vous parlez français, monsieur Kangourou?
—Vi! Missieu!
Nouvelle révérence.
Il m'en fait pour chaque mot que je dis, comme s'il était un pantin à manivelle; quand il est assis devant moi par terre, cela se borne à un plongeon de la tête,—accompagné toujours du même bruit sifflant de salive.
—Une tasse de thé, monsieur Kangourou?
Nouveau salut et geste très précieux des mains, comme pour dire: «J'oserais à peine; c'est trop de condescendance de votre part.... Enfin, pour vous obéir...»