—Ça ne fait rien, continue M. Kangourou: cela pourra aussi bien s'arranger pour celle-ci: elle n'est pas mariée, monsieur!!...
Elle n'est pas mariée!—Alors pourquoi donc ne me l'avait-il pas proposée tout de suite, cet imbécile, au lieu de l'autre... qui me fait une pitié extrême à la fin, pauvre petite, avec sa robe gris tendre, son piquet de fleurs et sa mine qui s'attriste, ses yeux qui grimacent comme pour un gros chagrin.
—Cela pourra s'arranger, monsieur! répète encore Kangourou, qui a un air tout à fait entremetteur de bas étage, tout à fait mauvais drôle à présent.
Seulement nous serons de trop, dit-il, Yves et moi, pendant les négociations. Et, tandis que mademoiselle Chrysanthème garde les yeux baissés qui conviennent, tandis que les familles, sur les figures desquelles se sont peints tous les degrés de l'étonnement, toutes les phases de l'attente, restent assises en cercle sur mes nattes blanches, il nous renvoie, nous deux, sous la véranda—et nous regardons, dans les profondeurs au-dessous de nous, un Nagasaki vaporeux, un Nagasaki bleuâtre où l'obscurité vient....
De grands discours en japonais, des répliques sans fin. M. Kangourou, qui n'est blanchisseur et mauvais genre qu'en français, a retrouvé pour parlementer les longues formules de son pays. De temps en temps, je m'impatiente; je demande à ce bonhomme, que je prends de moins en moins au sérieux.
—Voyons, dites-nous vite, Kangourou; est-ce que cela se démêle, est-ce que cela va finir?
—Tout à l'heure, Missieu, tout à l'heure.
Et il reprend son air d'économiste traitant des questions sociales.
Allons, il faut subir les lenteurs de ce peuple. Et, pendant que l'obscurité tombe comme un voile sur la ville japonaise, j'ai le loisir de songer, assez mélancoliquement, à ce marché qui se conclut derrière moi.
La nuit est venue, la nuit close; il a fallu allumer les lampes.