[XX]
J'arrivais à Diou-djen-dji à l'improviste, aujourd'hui, par un midi brûlant. Au pied de notre escalier traînaient les socques de bois de Chrysanthème et ses sandales de cuir verni.
Chez nous, en haut, tout était ouvert, avec des stores en bambou abaissés du côté du soleil; à travers leur tissu clair entraient l'air chaud et la lumière d'or. Cette fois, c'étaient des lotus que Chrysanthème avait mis dans nos vases de bronze, et mes yeux tombèrent, dès l'entrée, sur ces grands calices roses.
Elle dormait, elle, étendue par terre, suivant l'habitude de son sommeil de sieste.
...Quelle forme à part ils ont toujours, ces bouquets arrangés par Chrysanthème: quelque chose de difficile à définir, une sveltesse japonaise, une grâce apprêtée que nous ne saurions pas leur donner.
...Elle dormait à plat ventre sur les nattes, sa haute coiffure et ses épingles d'écaille faisant une saillie sur l'ensemble de son corps couché. La petite traîne de sa tunique prolongeait en queue sa personne délicate. Ses bras étaient étendus en croix, ses manches déployées comme des ailes—et sa longue guitare gisait à son côté.
Elle avait un air de fée morte. Ou bien encore elle ressemblait à quelque grande libellule bleue qui se serait abattue là et qu'on y aurait clouée.
Madame Prune, qui était montée derrière moi, toujours empressée, officieuse, manifesta par gestes des sentiments indignés, en voyant cette réception insouciante de Chrysanthème à son seigneur et maître,—et s'avança pour la réveiller.
—Gardez-vous-en bien, bonne madame Prune! Si vous saviez comme elle me plaît mieux ainsi!