Ils sont devenus si amis que cela m'amuse, Yves, Chrysanthème et la petite Oyouki; je crois même que, dans mon ménage, leur intimité est ce qui m'amuse le plus. C'est qu'ils font un contraste d'où résultent des situations imprévues et des choses impayables. Lui, apportant sa désinvolture de matelot et son accent de Bretagne dans cette frêle maisonnette de papier, à côté de ces mousmés aux manières précieuses; grand garçon large, à voix brève et grave, entre deux toutes petites à voix d'oiseau qui le mènent à leur gré, le font manger avec des baguettes; lui apprennent le «pigeon vole» japonais,—et le trichent,—et se disputent,—et se pâment de rire.
Il est certain qu'ils se plaisent beaucoup, Chrysanthème et lui. Mais j'ai confiance toujours, et je ne me figure pas que cette petite épousée de hasard puisse jamais amener un trouble un peu sérieux entre ce «frère» et moi.
[XIX]
Ma famille japonaise, très nombreuse et se produisant beaucoup;—un grand élément de distraction pour les officiers du bord qui me visitent là-haut, surtout pour le komadachi taksan takaï (l'ami d'une extrême hauteur).
Une belle-mère charmante, tout à fait femme du monde; des petites belles-sœurs, des petites cousines, et des tantes jeunes encore.
J'ai même, au second degré, un cousin pauvre qui est djin.—On hésitait à m'en faire l'aveu, de ce dernier; mais voici que, pendant la présentation, nous avons échangé un sourire de connaissance: c'était 415!
Sur ce pauvre 415, mes amis, à bord, font des gorges chaudes,—un surtout qui moins que personne aurait le droit de parler, le petit Charles N***, dont la belle-mère a été quelque chose comme concierge, ou peu s'en faut, à la porte d'une pagode.
Moi, qui fais grand cas de l'agilité et de la force, j'apprécie au contraire ce parent-là.
Ses jambes, du reste, sont les meilleures de Nagasaki, et, chaque fois que j'ai quelque course pressée à faire, je prie madame Prune d'envoyer en bas, à la station des djins, retenir mon cousin.