Ici, je suis forcé de reconnaître que, pour qui lit mon histoire, elle doit traîner beaucoup....

A défaut d'intrigue et de choses tragiques, je voudrais au moins savoir y mettre un peu de la bonne odeur des jardins qui m'entourent, un peu de la chaleur douce de ce soleil, un peu de l'ombre de ces jolis arbres. A défaut d'amour, y mettre quelque chose de la tranquillité reposante de ce faubourg lointain. Y mettre aussi le son de la guitare de Chrysanthème, auquel je commence à trouver quelque charme, faute de mieux, dans le silence de ces belles soirées d'été....

Tout ce temps de pleine lune de juillet qui vient de passer a été lumineux, calme, splendide. Oh! les belles nuits claires, les belles lueurs roses sous cette lune merveilleuse, les belles ombres bleues, dans les fouillis épais de ces arbres.... Et, du haut de notre véranda, comme cette ville était jolie à regarder dormir!...

Mon Dieu, cette petite Chrysanthème, je ne la déteste pas, en somme.—D'ailleurs, quand il n'y a, de part ou d'autre, ni dégoût physique ni haine, l'habitude finit par créer une espèce de lien malgré tout....


[XVII]

Toujours ce bruit de cigales, strident, immense, éternel, qui sort nuit et jour de ces campagnes japonaises. Il est partout et sans cesse, à n'importe quelle heure brûlante de la journée, à n'importe quelle heure fraîche de la nuit. Au milieu de la rade, dès notre arrivée, nous l'avions entendu qui nous venait à la fois des deux rives, des deux murailles de vertes montagnes. Il est obsédant, infatigable; il est comme la manifestation, le bruit même de la vie spéciale à cette région de la terre. Il est la voix de l'été dans ces îles; il est un chant de fête inconscient, toujours égal à lui-même, et ayant constamment l'air de s'enfler, de s'élever, dans une plus grande exaltation du bonheur de vivre.

Il est, pour moi, le bruit caractéristique de ce pays,—avec le cri de cette espèce de gerfaut qui, lui aussi, avait salué notre entrée au Japon. Au-dessus des vallées et des baies profondes, ces oiseaux planent, en poussant de temps à autre leurs trois: «Han! han! han!» d'un timbre triste, comme au comble de l'étonnement pénible, de la douleur.—Et les montagnes répètent leur cri.


[XVIII]