Confits tous deux en dévotion shintoïste; toujours à genoux devant leur autel familial; toujours occupés à dire aux Esprits leurs longues oraisons, en claquant des mains de temps en temps pour rappeler autour d'eux ces essences inattentives qui flottent dans les airs.—A leurs moments perdus, cultivent, dans des petits pots de faïence peinturlurée, des arbustes nains, des fleurs invraisemblables qui le soir sentent très bon.

M. Sucre, silencieux, peu visiteur, desséché comme une momie dans sa robe de coton bleu. Écrivant beaucoup (ses mémoires, je pense) avec un pinceau tenu du bout des doigts, sur de longues bandes de papier de riz légèrement teintées de grisâtre.

Madame Prune, empressée, obséquieuse, rapace, les sourcils rigoureusement rasés, les dents soigneusement laquées de noir, ainsi qu'il convient à une dame comme il faut. A toute heure, apparaissant à quatre pattes à l'entrée de notre logis, pour nous offrir quelque service.

Oyouki, faisant chez nous, dix fois par jour, des entrées intempestives (quand on dort, quand on s'habille), arrivant comme une bouffée de jeunesse mignarde et de gaîté drôle, comme un vivant éclat de rire. Toute ronde de taille, toute ronde de figure. Moitié bébé, moitié jeune fille. Et de si bonne amitié, à propos d'un rien vous embrassant à pleine bouche, avec ses grosses lèvres ballantes qui mouillent un peu, mais qui sont bien fraîches, bien rouges....


[XV]

Dans notre logis toute la nuit ouvert, les lampes qui brûlent devant le Bouddha doré nous procurent la compagnie de toutes les bêtes des jardins d'alentour. Les phalènes, les moustiques, les cigales et d'autres insectes extraordinaires dont je ne sais pas les noms,—tout ce monde est chez nous.

Et c'est drôle, quand se présente quelque sauterelle imprévue, quelque scarabée sans gêne et sans excuse, courant sur nos nattes blanches, de voir de quelle manière Chrysanthème les signale à mon indignation,—en me les montrant du doigt, sans dire autre chose que: «Hou!» la tête baissée, avec une moue particulière et un regard scandalisé. Il y a un éventail exprès, qui sert à les pousser dehors.


[XVI]