—Oh! mais, je trouve cette mimique excessive et inutile, Chrysanthème!—Je connaissais le mot Ka, j'avais parfaitement compris, je t'assure....
C'est fait si drôlement et si vite, avec une moue si réussie, que je n'ai, dans le fond, nulle idée de me fâcher,—cependant j'en porterai demain une marque bleue, c'est bien certain.
Voyons, il faut nous lever pour prêter secours à Yves, qui ne peut pas continuer à tambouriner de cette manière. Allons regarder, avec une lanterne, ce qu'il a, ce qui lui arrive.
Ce sont bien les moustiques en effet. Ils volent en nuage autour de lui, tous ceux de la maison et tous ceux des jardins, assemblés et bourdonnants. Chrysanthème indignée en brûle plusieurs à la flamme de sa lanterne, m'en montre d'autres: «Hou!» partout posés, sur le papier blanc du mur.
Lui dort toujours, après la fatigue de la journée, mais d'un sommeil agité, cela se comprend. Et Chrysanthème le secoue, pour l'emmener auprès de nous, sous notre moustiquaire bleue.
Il se laisse faire, après quelques cérémonies, se lève, comme un grand enfant mal éveillé, pour nous suivre,—et moi je ne trouve rien à redire, en somme, à ce couchage à trois: c'est si peu un lit, ce que nous partagerons là, et nous y dormirons tout habillés, comme toujours, suivant l'usage nippon. En voyage, en chemin de fer, est-ce que les dames les plus recommandables ne s'étendent pas ainsi, sans penser à mal, auprès de messieurs quelconques?
Seulement j'ai placé le petit chevalet à nuque de Chrysanthème au centre de la tente de gaze, entre nos deux oreillers à nous, pour observer, pour voir.
Elle alors, très digne, sans rien dire, comme rectifiant une erreur d'étiquette que j'aurais commise par mégarde, l'enlève et met à la place mon tambour en peau de couleuvre: je serai donc au milieu les séparant. C'est plus correct, en effet. Oh! c'est décidément très bien—, et Chrysanthème est une personne de beaucoup de tenue....
...En rentrant à bord le lendemain matin, au clair soleil de sept heures, nous cheminons dans les sentiers pleins de rosée, avec une bande de petites mousmés de six ou huit ans, absolument comiques, qui se rendent à l'école.
Les cigales, cela va sans dire, font autour de nous leur joli bruit sonore. La montagne sent bon. Fraîcheur de l'air, fraîcheur de la lumière, fraîcheur enfantine de ces petites filles en longues robes et en beaux chignons apprêtés. Fraîcheur de ces fleurs et de ces herbes sur lesquelles nous marchons et qui sont semées de gouttelettes d'eau.... Comme c'est éternellement joli, même au Japon, les matins de la campagne et les matins de la vie humaine....