*Mousko signifie petit garçon. C'est le masculin de mousmé. On dit même en général mousko-san (monsieur le mousko), par excessive politesse.

Mon Dieu, je n'ai nulle envie de leur faire mauvais accueil; au contraire, leur apparition m'amuse. Je trouve même très gentil de la part de Chrysanthème cette façon d'être revenue et cette idée d'avoir apporté Bambou-San à la fête, bien que ce soit assez peuple, à vrai dire, de se l'être attaché sur le dos, comme font les pauvresses nipponnes pour leurs petits....

Allons, qu'elle s'asseye entre Yves et moi; qu'on lui serve de ces haricots à la grêle qu'elle aime tant. Puis, prenons sur nos genoux le beau petit mousko et qu'il mange, à sa discrétion, des bonbons et du sucre.

La soirée finie, quand il s'agit de redescendre, de nous en aller, Chrysanthème replace son petit Bambou à cheval sur son dos et se met en marche, toute fléchie en avant sous ce poids, toute courbée, traînant péniblement ses socques de Cendrillon sur les marches de granit et les dalles.... Oui, bien peuple, en effet, cette allure, mais dans l'acception la meilleure de ce mot peuple; rien là-dedans qui me déplaise; je trouve même que Chrysanthème, dans son affection pour Bambou-San, est simple et attachante.

On ne peut d'ailleurs refuser cela aux Japonais: l'amour des petits enfants, et un talent pour les amuser, les faire rire, leur inventer des joujoux comiques, les rendre joyeux au début de la vie; une vraie spécialité aussi pour les coiffer, les attifer, tirer de leur personne l'aspect le plus divertissant possible. C'est la seule chose que j'aime dans ce pays: les bébés et la manière dont on sait les comprendre....

En route, nous rencontrons les amis mariés de la Triomphante qui plaisantent à mes dépens, très surpris de me voir avec ce mousko, demandant:

—C'est déjà votre fils?

Dans la ville en bas, nous faisons mine de dire adieu à Chrysanthème, au tournant de la rue qui conduit chez sa mère. Elle sourit, indécise, se dit guérie et demande à retourner là-haut dans notre maison.—Cela n'entrait pas dans mes projets, je l'avoue.... Cependant, j'aurais mauvaise grâce à refuser. Soit! Allons reporter le mousko à sa maman, puis nous commencerons, à la lueur de quelque nouvelle lanterne achetée chez madame Très-Propre, l'ascension pénible.

Mais voici bien une autre aventure: ce petit Bambou, lui aussi, qui prétend venir! Absolument, il veut que nous l'emmenions avec nous. Cela n'a pas le sens commun, par exemple, c'est tout à fait inadmissible!...

Pourtant... il ne faudrait pas le faire pleurer, un soir de fête, ce mousko.... Voyons, nous allons envoyer prévenir madame Renoncule, pour qu'elle ne s'inquiète pas de lui, et, comme il n'y aura plus personne tout à l'heure dans les sentiers de Diou-djen-dji pour se moquer de nous, à tour de rôle nous le porterons sur notre dos, Yves et moi, tant que durera la grimpade noire....