Bien vite je m'habille pour aller à terre,—profiter de mes dernières heures de Japon.

Une chaleur torride aujourd'hui; un de ces grands soleils de septembre qui tombent avec une certaine mélancolie sur les feuilles commençant à jaunir, qui sont clairs et brûlants après des matinées déjà fraîches. Comme hier, c'est pendant l'accablement de midi que je monte dans mon haut faubourg, par des sentiers vides, où il n'y a que de la lumière et du silence.

J'ouvre sans bruit la porte de ma maisonnette; je marche à pas de loup, avec des précautions extrêmes, par peur de madame Prune.

Au bas de l'escalier, sur les nattes blanches, à côté des petits socques et des petites sandales qui traînent toujours dans ce vestibule, il y a tout un bagage prêt à partir, que je reconnais du premier coup d'œil: de gentilles robes sombres, qui me sont familières, pliées avec soin et enveloppées dans des serviettes bleues nouées aux quatre bouts.—Je crois même que j'éprouve une impression furtive de tristesse en voyant sortir de l'un de ces paquets un coin de la boîte consacrée aux lettres et aux souvenirs—dans laquelle mon portrait, par Uyeno, habite maintenant en compagnie de divers minois de mousmés.—Une sorte de mandoline à long manche, prête à partir aussi, est posée sur le tout dans une gaine de soie bigarrée.—Cela ressemble au déménagement de quelque gitane—ou plutôt cela me rappelle certaine gravure d'un livre de fables que j'avais dans mon enfance: c'est tout à fait le même attirail et la longue guitare que la Cigale, ayant chanté tout l'été, portait sur son dos quand elle vint frapper chez la Fourmi sa voisine.

Pauvre petit bagage!...

Je monte sur la pointe du pied,—et je m'arrête, entendant chanter là-haut chez moi.

C'est bien la voix de Chrysanthème, et la chanson est gaie! J'en suis dérouté, refroidi, et j'ai presque un regret d'avoir pris la peine de venir.

Il s'y mêle un bruit que je ne m'explique pas: dzinn! dzinn! des tintements argentins très purs, comme si on lançait fortement des pièces de monnaie contre le plancher. Je sais bien que cette maison vibrante exagère toujours les sons, pendant les silences de midi aussi bien que pendant les silences nocturnes; mais c'est égal, je suis intrigué de savoir ce que ma mousmé peut faire.—Dzinn! dzinn! est-ce qu'elle s'amuse au palet, ou au jeu du crapaud,—ou à pile ou face?...

Rien de tout cela! Je crois que j'ai deviné,—et je monte encore plus doucement à quatre pattes, avec des précautions de Peau-Rouge, pour me donner le dernier plaisir de la surprendre.

Elle ne m'a pas entendu venir. Dans notre grande chambre complètement vidée, balayée, blanche, où entrent le clair soleil, et le vent tiède, et les feuilles jaunies des jardins, elle est seule assise, tournant le dos à la porte; elle est habillée pour la rue, prête à se rendre chez sa mère, ayant à côté d'elle son parasol rose.