...Et voilà comment, à son retour dans la mer brumeuse, la première visite d'Yves fut pour son clocher.
[LXIII]
Cherbourg, 27 décembre 1880.
À sept heures du matin, on me rapporte Yves, au fond d'un canot, ivre mort. Ce sont d'anciens amis, des gabiers de la Vénus, qui l'ont traîné toute la nuit dans les bouges,—pour fêter leur retour des Antilles.
Je suis de quart. Personne encore sur le pont; seulement quelques matelots qui font leur fourbissage,—mais des dévoués, ceux-là, connus de longue date, et sur qui on peut compter. Quatre hommes l'enlèvent, le descendent furtivement par un panneau et le cachent dans ma chambre.
Mauvais début à bord de cette Sèvre, où je l'avais pris sous ma garde, comme en punition, et où il avait promis d'être exemplaire. Cette idée sombre me venait pour la première fois, qu'il était perdu, bien perdu, malgré tout ce que je pourrais tenter pour le sauver de lui-même. Et aussi cette autre réflexion, plus désolante encore, que peut-être il lui manquait quelque chose dans le cœur....
...Tout le jour, Yves ressemble à un mort.
Il a perdu son bonnet, son porte-monnaie, son sifflet d'argent, et s'est fait un trou dans la tête.
Vers six heures du soir seulement, il donne signe de vie. Comme un enfant qui se réveille, il sourit (il est encore ivre, sans cela il ne sourirait pas) et demande à manger.