Marie tourne vers elles son regard clair, les dévisageant tout à coup avec une grande curiosité, comme on fait pour les bêtes de ménagerie. Et puis elle a envie de s'en aller. Mais, dans la rue, la pluie tombe fort, et, devant la porte de la caisse, il y a encore bien du monde.
«À la vôtre, Victoire-Yvonne!
—À la vôtre, Françoise!»
Allons, le litre y passera.
Ces dames se racontent leurs petites affaires: C'est dur tout de même pour joindre les deux bouts! Mais tant pis! Le boulanger, lui, d'abord, pourra bien attendre le trimestre prochain. Le boucher, eh bien, on lui donnera un acompte. Aujourd'hui, un jour de paye, comment ne pas s'égayer un peu?
«Moi encore», dit Madame Kerdoncuff, avec un sourire de coquetterie plein de sous-entendus, «je ne suis pas trop malheureuse, parce que, voyez-vous, j'ai un vétéran que je loge en garni, qui est quartier-maître dans le port.»
C'est compris. Même sourire sur le visage de Madame Quémeneur.
«C'est comme moi, j'ai un fourrier... À la tienne, Françoise! (Ces dames se tutoient.) Il est polisson, mon fourrier, si tu savais!...»
Et le chapitre des confidences intimes est ouvert.
Marie Kermadec se lève. A-t-elle bien entendu? Beaucoup de ces mots lui sont inconnus, assurément, mais le sens en est transparent et le geste vient à l'appui. Est-ce qu'il y a vraiment des femmes qui peuvent dire des choses pareilles? Et elle sort, sans se retourner, sans dire merci, rouge, sentant tout le sang qui lui est monté aux joues.