Après, c'est le gymnase. Yves le fait faire à son fils, le tournant, le virant, la tête en bas, les jambes en l'air, à bout de bras, l'élevant bien haut: «Dis, mon petit Pierre, quand auras-tu des bras comme les miens? Réponds donc:—Jamais! oh! non, jamais des bras comme toi, mon père; je ne verrai pas assez de misère pour ça, bien sûr.»

Et quand Yves, tout dépeigné, las d'avoir tant fait le diable, dit, en se rajustant, de son plus grand air sérieux: «Allons, petit Pierre a fini son gymnase à présent,» petit Pierre alors vient à moi, avec ce sourire qui fait qu'on lui donne toujours ce qu'il veut: «C'est à ton tour, parrain, dis?» Et ce gymnase recommence.


[CI]

La grande pendule, inexorable, a encore marché; dans quelques heures, je vais partir, et bientôt mon frère Yves s'en ira aussi, tous deux au loin; à l'inconnu.

C'est le dernier jour, le dernier soir. Yves, petit Pierre et moi, nous allons à la chaumière des vieux Keremenen, pour ma visite d'adieu à la grand-mère Marianne.

Elle habite seule, maintenant, sous son toit plein de mousse, sous les grands chênes étendus en voûte. Pierre Kerbras et Anne, qui se sont mariés au printemps, font bâtir dans le village une vraie maison, en granit, pareille à celle d'Yves. Tous les enfants sont partis.

Pauvre chaumière où s'agitaient si joyeusement, le jour du baptême, les belles coiffes et les collerettes blanches! Déjà passé, tout cela; à présent, elle est vide et silencieuse. Nous nous asseyons sur les vieux bancs de chêne, nous accoudant sur la table où nous avions fait le grand repas joyeux. La grand-mère est sur un escabeau, filant à sa quenouille, la tête basse; son air déjà devenu caduc et égaré.

Bien que le soleil ne soit pas encore très bas, ici il fait noir.

Autour de nous, rien que des choses d'autrefois, pauvres et primitives. Des chapelets très grossiers sont suspendus aux pierres brutes, au granit des murs; dans les coins perdus d'ombre, on aperçoit les cosses de chêne amassées pour l'hiver, et de vieux ustensiles de ménage, noircis et poudreux, aux formes anciennes et naïves.