Et après?... Petit Pierre grandira, courra les mers, et nous, mon frère nous passerons, et tout ce que nous avons aimé avec nous,—nos vieilles mères d'abord,—puis tout et nous-mêmes, les vieilles mères des chaumières bretonnes comme celles des villes, et la vieille Bretagne aussi, et tout, et toutes les choses de ce monde!
Boudoul galaïchen! boudoul galaïch du!
La nuit tombe, et une tristesse inattendue, profonde nous prend au cœur.... Pourtant, aujourd'hui nous sommes heureux.
[CII]
Et les Celtes regrettaient trois pierres brutes,
sous un ciel pluvieux, au fond d'un golfe rempli d'îlots.
Gustave Flaubert, Salammbô.
Nous sortons tous les deux, laissant petit Pierre à sa grand-mère. Nous nous en allons par le sentier vert, sous la voûte des chênes et des hêtres, entendant de loin, dans la sonorité du soir, le bruit du berceau antique qui se balance, et la vieille chanson à dormir et l'éclat de rire de l'enfant.
Dehors, il fait encore grand jour; le soleil, très bas, dore la campagne tranquille.
«Allons encore jusqu'à la chapelle de Saint-Éloi», dit Yves.
Elle est en haut de la colline, bien antique, toute rongée de mousse, toute barbue de lichens, seule toujours, fermée et mystérieuse au milieu des bois.