«Pour ma grand-mère de Plouherzel.

—Pour ma grand-mère de Plouherzel», répète le petit Pierre.

Et puis il attend autre chose pour répéter encore, gardant toujours ses mains jointes.

Mais Yves a presque des larmes à ce souvenir poignant, qui lui revient tout à coup de sa mère, de sa chaumière, à lui, de son village de Plouherzel, que son fils connaîtra à peine et que lui ne reverra peut-être plus. Ainsi est la vie pour les enfants de la côte, pour les marins: ils s'en vont, les lois de leur métier de mer les séparent de parents chéris qui savent à peine leur écrire et qu'ensuite ils ne revoient plus.

Je regarde Yves, et, comme nous nous comprenons sans nous parler, je pressens très bien ce à quoi il va penser.

Aujourd'hui il est heureux au delà de son rêve, beaucoup de choses sombres sont éloignées et vaincues, et pourtant, et après? Le voilà tout à coup plongé dans je ne sais quel songe de passé et d'avenir, mélancolie étrange, et après?

Boudoul galaïchen! boudoul galaïch du!

chante la vieille femme, le dos courbé sous sa fraise blanche.

Et après?... Petit Pierre seul est en train de rire. Il tourne de côté et d'autre sa tête vive, bronzée et vigoureuse; la gaieté, la flamme de la vie toute neuve sont encore dans ses grands yeux noirs.

Et après?... Tout est sombre dans la chaumière abandonnée; on dirait que les objets causent entre eux avec mystère du passé; la nuit va descendre autour de nous sur les grands bois.