Là sont tous ses souvenirs d'enfance, à lui; là était son berceau de petit sauvage, là était son nid; foyer chéri habité par sa mère, foyer auquel, dans les pays lointains, dans les grandes villes d'Amérique ou d'Asie, son imagination toujours le ramenait. Il y songeait avec amour, à ce petit coin de monde, pendant les belles nuits calmes de la mer et pendant les nuits troublées, brutalement joyeuses, de sa vie d'aventures. Une pauvre chaumière isolée, au détour d'un chemin, et c'est tout.
Dans ses rêves de marin, c'était là ce qu'il revoyait: sous le ciel pluvieux, au milieu de la campagne morne du pays de Goëlo, ces vieux petits murs humides, tout verdis de pariétaires; et les chaumières voisines où des bonnes vieilles en coiffe le gâtaient au temps de son enfance; et puis, au coin des chemins, les calvaires de granit, mangés par les siècles....
Mon Dieu! Que ce pays est sombre et me serre le cœur!
Je frappai à cette porte, et une jeune fille qui ressemblait à Yves parut sur le seuil.
Je lui demandai si c'était bien la maison des Kermadec.
«Oui, dit-elle, un peu étonnée et craintive.
Et puis, tout à coup:
«C'est vous, monsieur, qui êtes l'ami de mon frère et qui êtes arrivé de Brest hier au soir avec lui?...»
Seulement elle s'inquiétait de me voir venir seul.
J'entrai. Je vis les bahuts, les lits bretons, les vieilles assiettes rangées au vaisselier. Tout cela avait la mine propre et honnête; mais la chaumière était bien petite et modeste.