«Ils croyaient me faire du mal!» dit-il avec mépris; et il jure qu'il n'a pas rendu les coups de ces trois vieux; d'ailleurs, il les eût chavirés ensemble du revers de sa main. Non: il les a laissés s'accrocher à lui et le déchirer; ils lui ont égratigné le visage et mis ses vêtements en lambeaux, parce qu'il refusait de leur laisser conduire la chaloupe, à eux qui étaient ivres.

Tous les chaloupiers aussi sont ivres, par la faute d'Yves, qui les a laissés boire.

...Et les trois maîtres se tiennent toujours là, tout près de lui, continuant de crier, de l'injurier, de le menacer, trois vieux ivrognes, grotesques dans leur bégaiement de fureur, et qui seraient très risibles si la discipline, implacable, n'était pas derrière eux pour rendre cette scène affreusement grave.

Yves, debout, les poings serrés, les cheveux tombés sur le front, la chemise déchirée, la poitrine toute nue, à bout de courage pour endurer ces injures, prêt à frapper, en appelle à moi du regard, dans sa détresse.

Ô la discipline militaire! à certaines heures, elle est bien lourde. Je suis l'officier de quart, moi, et il est contre toutes les règles que je m'en mêle autrement que par des paroles calmes, et en les remettant tous à la justice du capitaine d'armes.

Contre toutes les règles, aussi, je saute à bas de la passerelle et je me jette sur Yves:—il était temps!—je passe mes bras autour de ses bras à lui, que j'arrête ainsi dans les miens au moment terrible où ils allaient frapper.

Et je les regarde, les autres, qui alors, en présence de ce renversement de la situation, battent en retraite comme des chiens devant leur maître.

Heureusement c'est la nuit, et il n'y a pas de témoins. Les chaloupiers, seuls,—et ils sont ivres.—Puis, d'ailleurs, je suis sûr d'eux: ce sont de braves enfants, et, s'il faut aller devant un conseil, ils ne nous chargeront pas.

...Alors je prends Yves par les épaules, et, passant devant ses trois ennemis, qui se rangent pour nous faire place, je l'emmène dans ma chambre et l'y renferme à double tour. Là, pour le moment, il est en sûreté.

On m'appelle chez le commandant, que tout ce bruit a réveillé. Hélas! Il faut le lui expliquer.