Et j'explique, en atténuant le plus possible la faute de mon pauvre Yves. J'explique; après, pendant quelques mortelles minutes, je supplie: je crois que je n'avais supplié de ma vie, il me semble que ce n'est plus moi qui parle. Et tout ce que je puis dire ou faire vient se briser contre le raisonnement glacial de cet homme, qui tient entre ses mains cette existence d'Yves, qu'on m'a confiée.

J'ai bien réussi là-haut à écarter le plus grave, la question de coups donnés à des supérieurs; mais restent les outrages et le refus d'obéissance. Yves a fait tout cela: dans le fond, c'est peut-être inique et révoltant; dans la lettre, c'est vrai.

Ordre de le mettre aux fers tout de suite, pour commencer, et de l'y envoyer conduire par la garde, à cause de ce bruit et de ce scandale.

Pauvre Yves! C'était la fatalité acharnée contre lui, car, cette fois, il n'était pas bien coupable. Et tout cela arrivait maintenant qu'il était plus sage, maintenant qu'il faisait de grands efforts pour ne plus boire et se bien conduire!


[XXXII]

Quand je revins dans ma chambre lui dire qu'on allait le mettre aux fers, je le trouvai assis sur mon lit, les poings fermés, les dents serrées de rage. Sa mauvaise tête de Breton avait pris le dessus.

En frappant du pied, il déclara qu'il n'irait pas,—c'était trop injuste!—à moins qu'on ne l'y portât de force, et encore il démolirait les premiers qui viendraient pour le prendre.

Alors, pour tout de bon, je le vis perdu, et l'angoisse commença à m'étreindre le cœur. Que faire? Les hommes de garde étaient là, derrière ma porte, attendant pour l'emmener, et je n'osais pas ouvrir; les secondes et les instants s'envolaient, et ce que je faisais n'avait plus de nom.

Une idée me vint, tout à coup: je le priai très doucement, au nom de sa mère, lui rappelant mon serment, et, pour la seconde fois de ma vie, l'appelant mon frère.