[XLV]

Nous trouvons drôle de nous voir tous deux faisant acte de citoyens comme tout le monde. Chez m. Le maire, chez m. Le curé, nous nous sentons très empruntés, ayant même par instants des envies de rire.

Petit goéland est définitivement inscrit au registre de Toulven sous les prénoms de Yves-Pierre,—celui de son père, et le mien, comme c'est l'usage dans le pays. Quant à m. Le curé, il est convenu avec lui qu'il nous attendra demain matin, à neuf heures, à l'église, et qu'il y aura un te deum.

«Maintenant rentrons tout droit, dit Yves; le père doit être déjà de retour, et nous les retarderions pour souper.»


[XLVI]

La nuit de juin descendait doucement, avec beaucoup de calme et de silence, sur le pays breton. Dans le chemin creux, on commençait à ne plus y voir.

Le vieux Corentin Keremenen était de retour, en effet, de son travail aux champs et nous attendait sur sa porte. Même il avait eu le temps de faire sa toilette: il avait mis son grand chapeau à boucle d'argent et sa veste des fêtes en drap bleu, ornée de paillettes de métal et d'une broderie dans le dos, représentant le saint sacrement.

...Il y a une agitation joyeuse dans cette chaumière, un air des grands jours. Les chandeliers de cuivre sont allumés sur la table, qui est recouverte d'une belle nappe. Les bahuts, les escabeaux, les vieilles boiseries de chêne reluisent comme des miroirs; on sent qu'Yves a passé par là.