Ces chandeliers n'éclairent pas loin et il y a dans cette chaumière des recoins noirs; on voit se mouvoir de grandes choses bien blanches, qui sont les coiffes à larges ailes et les collerettes plissées des femmes; autrement les fonds sont très obscurs; la lumière vient mourir en tremblotant sur le granit des murailles, sur les solives irrégulières et noircies par le temps qui portent le chaume du toit. Toujours ce chaume et ce granit brut qui jettent encore dans les villages bretons une note de l'époque primitive.

...On apporte sur la table la bonne soupe qui fume et nous nous asseyons alentour, Yves à ma gauche, Anne à ma droite.

C'est un grand repas, plusieurs poulets à diverses sauces, des crêpes de sarrasin, des omelettes au lard et au sucre; du vin et du cidre doré qui mousse dans nos verres.

Yves me dit à part, tout bas:

«C'est un très bon homme, mon beau-père;—et ma belle-mère Marianne, vous ne pouvez pas vous figurer quelle bonne femme elle est! J'aime beaucoup mon beau-père et ma belle-mère.»

Dans la soirée, une jeune fille apporte du village des choses empesées de frais, très encombrantes. Anne se dépêche de serrer tout cela dans un bahut pendant qu'Yves m'envoie un coup d'œil d'intelligence, disant:

«Vous voyez, tous ces préparatifs en votre honneur!»

J'avais bien deviné ce que c'était: la coiffe de cérémonie et l'immense collerette brodée de mille plis; qui doivent la parer pour la fête de demain matin.

De mon côté, j'ai différents petits paquets que je désire faire sortir inaperçus de ma malle avec l'aide d'Yves: des bonbons, des dragées, une croix d'or pour la marraine. Mais Anne aussi a vu tout cela du coin de son œil, et se met à rire. Tant pis! Et on ne peut pas réussir à se faire des mystères dans un logis où il n'y a qu'une seule porte et qu'un seul appartement pour tout le monde.

Petit Pierre, lui, toujours tout rond comme un bébé de bronze, continue de dormir dans la même pose, les poings fermés sous le menton; jamais bébé naissant ne fut si beau ni si sage.