[XLVIII]
Dans l'après-midi, il y eut une belle scène: mon pauvre Yves était gris et voulait aller à Bannalec prendre le chemin de fer pour s'en retourner à bord.
Nous étions fort loin à nous promener dans un bois, Anne, lui et moi, quand tout à coup cela le prit à propos d'un rien. Il nous avait quittés, nous tournant le dos, disant qu'il ne reviendrait plus, et nous l'avions suivi par inquiétude de ce qu'il allait faire.
Quand nous arrivâmes après lui à la chaumière des vieux Keremenen, nous le vîmes qui avait jeté à terre sa belle chemise blanche et ses beaux habits de mariage; le torse nu, comme se mettent les matelots à bord pour la tenue du matin, il cherchait partout son tricot de marin qu'on lui avait caché.
«Seigneur Jésus, mon Dieu! ayez pitié de nous», disait Marie, se femme, en joignant ses pauvres mains pâles de convalescente. «Comment cela s'est-il fait, seigneur? Car enfin il n'a pas bu! Ô monsieur, empêchez-le», suppliait-elle en s'adressant à moi. «Et qu'est-ce qu'on va dire dans Toulven quand il passera, de voir que mon mari a voulu me quitter!»
En effet, Yves avait très peu bu; le contentement, sans doute, lui avait tourné la tête à ce dîner, et, de plus, nous lui avions fait faire une course au grand soleil; il n'y avait pas tout à fait de sa faute.
Quelquefois,—rarement il est vrai,—avec beaucoup de douceur, on pouvait l'arrêter encore; je savais cela, mais je ne me sentais pas capable aujourd'hui d'employer ce moyen. Non, c'était trop, à la fin! Même ici, dans cette paix et ce bon jour de fête, apporter encore ces scènes-là!
Je dis simplement:
«Yves ne sortira pas!»