Alors ils se sentirent seuls l’un à l’autre.
Ils tremblaient tous deux, en se tenant les mains. Lui se pencha d’abord vers elle pour embrasser sa bouche: mais Gaud détourna les lèvres par ignorance de ce baiser-là, et, aussi chastement que le soir de leurs fiançailles, les appuya au milieu de la joue d’Yann, qui était froidie par le vent, tout à fait glacée.
Bien pauvre, bien basse, leur chaumière, et il y faisait très froid. Ah! si Gaud était restée riche comme anciennement, quelle joie elle aurait eue à arranger une jolie chambre, non pas comme celle-ci sur la terre nue... Elle n’était guère habituée encore à ces murs de granit brut, à cet air rude qu’avaient les choses; mais son Yann était là avec elle; alors, par sa présence, tout était changé, transfiguré, et elle ne voyait plus que lui...
Maintenant leurs lèvres s’étaient rencontrées, et elle ne détournait plus les siennes. Toujours debout, les bras noués pour se serrer l’un à l’autre, ils restaient là muets, dans l’extase d’un baiser qui ne finissait plus. Ils mêlaient leurs respirations un peu haletantes, et ils tremblaient tous deux plus fort, comme dans une ardente fièvre. Ils semblaient être sans force pour rompre leur étreinte, et ne connaître rien de plus, ne désirer rien au delà de ce long baiser.
Elle se dégagea enfin, troublée tout à coup:
— Non, Yann!... grand’mère Yvonne pourrait nous voir!
Mais lui, avec un sourire, chercha les lèvres de sa femme encore et les reprit bien vite entre les siennes, comme un altéré à qui on a enlevé sa coupe d’eau fraîche.
Le mouvement qu’ils avaient fait venait de rompre le charme de l’hésitation délicieuse. Yann, qui, aux premiers instants, se serait mis à genoux comme devant la Vierge sainte, se sentit redevenir sauvage. Il regarda furtivement du côté des vieux lits en armoire, ennuyé d’être aussi près de cette grand’mère, cherchant un moyen sûr pour ne plus être vu; toujours sans quitter les lèvres exquises, il allongea le bras derrière lui, et, du revers de la main, éteignit la lumière comme avait fait le vent.
Alors, brusquement, il l’enleva dans ses bras, avec sa manière de la tenir, la bouche toujours appuyée sur la sienne, il était comme un fauve qui aurait planté ses dents dans une proie. Elle, abandonnait son corps, son âme, à cet enlèvement qui était impérieux et sans résistance possible, tout en restant doux comme une longue caresse enveloppante: il l’emportait dans l’obscurité vers le beau lit blanc à la mode des villes qui devait être leur lit nuptial...
Autour d’eux, pour leur premier coucher de mariage, le même invisible orchestre jouait toujours.