Houhou!... houhou!... Le vent tantôt donnait en plein son bruit caverneux avec un tremblement de rage; tantôt répétait sa menace plus bas à l’oreille, comme par un raffinement de malice, avec des petits sons filés, en prenant la voix fluttée d’une chouette.

Et la grande tombe des marins était tout près, mouvante, dévorante, battant les falaises de ses mêmes coups sourds. Une nuit ou l’autre, il faudrait être pris là dedans, s’y débattre, au milieu de la frénésie des choses noires et glacées: - ils le savaient...

Qu’importe! Pour le moment, ils étaient à terre, à l’abri de toute cette fureur inutile et retournée contre elle-même. Alors, dans le logis pauvre et sombre où passait le vent, ils se donnèrent l’un à l’autre, sans souci de rien ni de la mort, enivrés, leurrés délicieusement par l’éternelle magie de l’amour...

Chapitre VIII

Ils furent mari et femme pendant six jours.

En ce moment de départ, les choses d’Islande occupaient tout le monde. Des femmes de peine empilaient le sel pour la saumure dans les soutes des navires; les hommes disposaient les gréements et, chez Yann, la mère, les soeurs travaillaient du matin au soir à préparer les suroîts, les cirages, tout le trousseau de campagne. Le temps était sombre, et la mer, qui sentait l’équinoxe venir, était remuante et troublée.

Gaud subissait ces préparatifs inexorables avec angoisse, comptant les heures rapides des journées, attendant le soir où, le travail fini, elle avait son Yann pour elle seule.

Est-ce que, les autres années, il partirait aussi? Elle espérait bien qu’elle saurait le retenir, mais elle n’osait pas, dès maintenant, lui en parler... Pourtant il l’aimait bien, lui aussi; avec ses maîtresses d’avant, jamais il n’avait connu rien de pareil; non, ceci était différent; c’était une tendresse si confiante et si fraîche, que les mêmes baisers, les mêmes étreintes, avec elle étaient autre chose; et, chaque nuit, leurs deux ivresses d’amour allaient s’augmentant l’une par l’autre, sans jamais s’assouvir quand le matin venait.

Ce qui la charmait comme une surprise, c’était de le trouver si doux, si enfant, ce Yann qu’elle avait vu quelquefois à Paimpol faire son grand dédaigneux avec des filles amoureuses. Avec elle, au contraire, il avait toujours cette même courtoisie qui semblait toute naturelle chez lui, et elle adorait ce bon sourire qu’il lui faisait, dès que leurs yeux se rencontraient. C’est que, chez ces simples, il y a le sentiment, le respect inné de la majesté de l’épouse; un abîme la sépare de l’amante, chose de plaisir, à qui, dans un sourire de dédain, on a l’air ensuite de rejeter les baisers de la nuit. Gaud était l’épouse, elle, et, dans le jour, il ne se souvenait plus de leurs caresses, qui semblaient ne pas compter tant ils étaient une même chair tous deux et pour toute la vie.

... Inquiète, elle l’était beaucoup dans son bonheur, qui lui semblait quelque chose de trop inespéré, d’instable comme les rêves...