Et Gaud se mettait à rire, elle aussi, plus animée et plus jolie, dans sa joie de l’attendre.

Chapitre VI

Cependant les jours passaient.

Elle continuait de se mettre en toilette, de prendre un air gai, d’aller sur le port causer avec les autres. Elle disait que c’était tout naturel, ce retard. Est-ce que cela ne se voyait pas chaque année? Oh! d’abord, de si bons marins, et deux si bons bateaux!

Ensuite, rentrée chez elle, il lui venait le soir de premiers petits frissons d’anxiété, d’angoisse.

Est-ce que vraiment c’était possible qu’elle eût peur, si tôt?... Est-ce qu’il y avait de quoi?...

Et elle s’effrayait, d’avoir déjà peur...

Chapitre VII

Le 10 du mois de septembre!... Comme les jours s’enfuyaient!

Un matin où il y avait déjà une brume froide sur la terre, un vrai matin d’automne, le soleil levant la trouva assise de très bonne heure sous le porche de la chapelle des naufragés, au lieu où vont prier les veuves; — assise, les yeux fixes, les tempes serrées comme dans un anneau de fer. Depuis deux jours, ces brumes tristes de l’aube avaient commencé, et ce matin-là Gaud s’était réveillée avec une inquiétude plus poignante, à cause de cette impression d’hiver... Qu’avait donc cette journée, cette heure, cette minute, de plus que les précédentes?... On voit très bien des bateaux retardés de quinze jours, même d’un mois.