Cependant, le soir surtout, on commençait à avoir conscience de l’accourcissement des jours. Certaines plantes, qui avaient donné toute leur pousse en juillet, prenaient déjà un air jaune, mourant, et les scabieuses violettes refleurissaient au bord des chemins, plus petites sur de plus longues tiges; enfin les derniers jours d’août arrivèrent, et un premier navire islandais apparut un soir, à la pointe de Pors-Even. La fête du retour était commencée.

On se porta en masse sur la falaise pour le recevoir; — lequel était-ce?

C’était le Samuel Azénide; — toujours en avance celui-là.

— Pour sûr, disait le vieux père d’Yann, la Léopoldine ne va pas tarder; là-bas, je connais ça, quand un commence à partir les autres ne tiennent plus en place.

Chapitre V

Ils revenaient, les Islandais. Deux la seconde journée, quatre le surlendemain, et puis douze la semaine suivante. Et, dans le pays, la joie revenait avec eux, et c’était fête chez les épouses, chez les mères: fête aussi dans les cabarets, où les belles filles paimpolaises servent à boire aux pêcheurs.

Le Léopoldine restait du groupe des retardataires; il en manquait encore dix. Cela ne pouvait tarder, et Gaud, à l’idée que, dans un délai extrême de huit jours qu’elle se donnait pour ne pas avoir de déception, Yann serait là, Gaud était dans une délicieuse ivresse d’attente, tenant le ménage bien en ordre, bien propre et bien net, pour le recevoir.

Tout rangé, il ne lui restait rien à faire, et d’ailleurs elle commençait à n’avoir plus la tête à grand’chose dans son impatience.

Trois des retardataires arrivèrent encore, et puis cinq. Deux seulement manquaient toujours à l’appel.

— Allons, lui disait-on en riant, cette année, c’est la Léopoldine ou la Marie-Jeanne qui ramasseront les balais du retour.