Cette fois, ce fut au soleil de minuit, qui les éclairait du haut de l’horizon toujours avec son même aspect d’astre mort.
Assis tous deux à l’écart, dans un coin du pont, les bras enlacés et se tenant par les épaules, ils lisaient très lentement, comme pour se mieux pénétrer des choses du pays qui leur étaient dites.
Dans la lettre d’Yann, Sylvestre trouva des nouvelles de Marie Gaos, sa petite fiancée; dans celle de Sylvestre, Yann lut les histoires drôles de la vieille grand’mère Yvonne, qui n’avait pas sa pareille pour amuser les absents; et puis le dernier alinéa qui le concernait: “Le bonjour de ma part au fils Gaos”.
Et, les lettres finies de lire, Sylvestre timidement montrait la sienne à son grand ami, pour essayer de lui faire apprécier la main qui l’avait tracée:
— Regarde, c’est une très belle écriture, n’est-ce pas, Yann?
Mais Yann qui savait très bien quelle était cette main de jeune fille, détourna la tête en secouant ses épaules, comme pour dire qu’on l’ennuyait à la fin avec cette Gaud.
Alors Sylvestre replia soigneusement le pauvre petit papier dédaigné, le remit dans son enveloppe et le serra dans son tricot contre sa poitrine, se disant tout triste:
— Bien sûr, ils ne se marieront jamais... Mais qu’est-ce qu’il peut avoir comme ça contre elle?...
... Minuit sonne à la cloche du croiseur. Et ils restaient toujours là, assis, songeant au pays, aux absents, à mille choses, dans un rêve...
A ce moment, l’éternel soleil, qui avait un peu trempé son bord dans les eaux, recommença à monter lentement.