Il était aménagé à la manière traditionnelle des chaumières bretonnes; une immense cheminée occupait le fond, et des lits en armoire s’étageaient sur les côtés. Mais cela n’avait pas l’obscurité ni la mélancolie de ces gîtes des laboureurs, qui sont toujours à demi enfouis au bord des chemins; c’était clair et propre, comme en général chez les gens de mer.

Plusieurs petits Gaos étaient là, garçons ou filles, tous frères d’Yann, — sans compter deux grands qui naviguaient. Et, en plus, une bien petite blonde, triste et proprette, qui ne ressemblait pas aux autres.

— Une que nous avons adoptée l’an dernier, expliqua la mère; nous en avions déjà beaucoup pourtant; mais, que voulez-vous, mademoiselle Gaud! son père était de la Marie-Dieu-l’aime, qui s’est perdue en Islande à la saison dernière, comme vous savez, — alors, entre voisins, on s’est partagé les cinq enfants qui restaient et celle-ci nous est échue.

Entendant qu’on parlait d’elle, la petite adoptée baissait la tête et souriait en se cachant contre le petit Laumec Gaos qui était son préféré.

Il y avait un air d’aisance partout dans la maison, et la fraîche santé se voyait épanouie sur toutes ces joues roses d’enfants.

On mettait beaucoup d’empressement à recevoir Gaud - comme une belle demoiselle dont la visite était un honneur pour la famille. Par un escalier de bois blanc tout neuf, on la fit montrer dans la chambre d’en haut qui était la gloire du logis. Elle se rappelait bien l’histoire de la construction de cet étage; c’était à la suite d’une trouvaille de bateau abandonné faite en Manche par le père Gaos et son cousin le pilote; la nuit du bal, Yann lui avait raconté cela.

Cette chambre de l’épave était jolie et gaie dans sa blancheur toute neuve; il y avait deux lits à la mode des villes, avec des rideaux en perse rose; une grande table au milieu. Par la fenêtre, on voyait tout Paimpol, toute la rade, avec les Islandais là-bas, au mouillage, — et la passe par où ils s’en vont.

Elle n’osait pas questionner, mais elle aurait bien voulu savoir où dormait Yann; évidemment, tout enfant, il avait dû habiter en bas, dans quelqu’un de ces antiques lits en armoire. Mais à présent, c’était peut-être ici, entre ces beaux rideaux roses. Elle aurait aimé être au courant des détails de sa vie, savoir surtout à quoi se passaient ses longues soirées d’hiver...

... Un pas un peu lourd dans l’escalier la fit tressaillir.

Non, ce n’était pas Yann, mais un homme qui lui ressemblait malgré ses cheveux déjà blancs, qui avait presque sa haute stature et qui était droit comme lui: le père Gaos rentrant de la pêche.