Et le bruit de choses fort vilaines qu’elles lui criaient s’était perdu dans la rumeur vague qui emplissait les rues, par cette nuit de dimanche.

Il se conduisait à Brest comme en Islande; comme au large, il restait vierge. — Mais les autres ne se moquaient pas de lui, parce qu’il était très fort, ce qui inspire le respect aux marins.

Chapitre VI

Un jour on l’appela au bureau de sa compagnie; on avait à lui annoncer qu’il était désigné pour la Chine, pour l’escadre de Formose!...

Il se doutait depuis longtemps que ça arriverait, ayant entendu dire à ceux qui lisaient les journaux que, par là-bas, la guerre n’en finissait plus. A cause de l’urgence du départ, on le prévenait en même temps qu’on ne pourrait pas lui donner la permission accordée d’ordinaire, pour les adieux, à ceux qui vont en campagne: dans cinq jours, il faudrait faire son sac et s’en aller. Il lui vint un trouble extrême: c’était le charme des grands voyages, de l’inconnu, de la guerre: aussi l’angoisse de tout quitter, avec l’inquiétude vague de ne plus revenir.

Mille choses tourbillonnaient dans sa tête. Un grand bruit se faisait autour de lui, dans les salles du quartier, où quantité d’autres venaient d’être désignés aussi pour cette escadre de Chine.

Et vite il écrivit à sa pauvre vieille grand’mère, vite au crayon, assis par terre, isolé dans une rêverie agitée, au milieu du va-et-vient et de la clameur de tous ces jeunes hommes qui, comme lui, allaient partir.

Chapitre VII

Elle est un peu ancienne, son amoureuse! Disaient les autres, deux jours après, en riant derrière lui; c’est égal, ils ont l’air de bien s’entendre tout de même.

Ils s’amusaient de le voir, pour la première fois, se promener dans les rues de Recouvrance avec une femme au bras, comme tout le monde, se penchant vers elle d’un air tendre, lui disant des choses qui avaient l’air tout à fait douces.