Enfin on arriva un jour dans un pays appelé Tourane, où se trouvait au mouillage une certaine Circé tenant un blocus. C’était le bateau auquel il se savait depuis longtemps destinés, et on l’y déposa avec son sac.

Il y retrouva des pays même deux Islandais qui pour le moment étaient canonniers.

Le soir, par ces temps toujours chauds et tranquilles où il l’y avait rien à faire, ils se réunissaient sur le pont, isolés des autres, pour former ensemble une petite Bretagne de souvenir.

Il du passer cinq mois d’inaction et d’exil dans cette baie triste, avant le moment désiré d’aller se battre.

Chapitre XI

Paimpol, — le dernier jour de février, — veille du départ des pêcheurs pour l’Islande.

Gaud se tenait debout contre la porte de sa chambre, immobile et devenue très pâle.

C’est que Yann était en bas, à causer avec son père. Elle l’avait vu venir, et elle entendait vaguement résonner sa voix.

Ils ne s’étaient pas rencontrés de tout l’hiver, comme si une fatalité les eût toujours éloignés l’un de l’autre.

Après sa course à Pors-Even, elle avait fondé quelque espérance sur le pardon des Islandais, où l’on a beaucoup d’occasions de se voir et de causer, sur la place, le soir, dans les groupes. Mais, dès le matin de cette fête, les rues étant déjà tendues de blanc, ornées de guirlandes vertes, une mauvaise pluie s’était mise à tomber à torrents, chassée de l’ouest par une brise gémissante; sur Paimpol, on n’avait jamais vu le ciel si noir. “Allons, ceux de Ploubazlanec ne viendront pas,” avaient dit tristement les filles qui avaient leurs amoureux de ce côté-là. Et, en effet, ils n’étaient pas venus, ou bien s’étaient vite enfermés à boire. Pas de procession, pas de promenade, et elle, le coeur plus serré que de coutume, était restée derrière ses vitres toute la soirée, écoutant ruisseler l’eau des toits et monter du fond des cabarets les chants bruyants des pêcheurs.