Ses vareuses, ses chemises, ses maillots à raies bleues, furent palpés, retournés et puis enlevés à des prix quelconques, les acheteurs surfaisant pour s’amuser.

Vint le tour de la petite boîte sacrée, qu’on adjugea cinquante sous. On en avait retiré, pour remettre à la famille, les lettres et la médaille militaire; mais il y restait le cahier de chansons, le livre de Confucius, et le fil, les boutons, les aiguilles, toutes les petites choses disposées là par la prévoyance de grand’mère Yvonne pour réparer et recoudre.

Ensuite le fourrier, qui exhibait les objets à vendre, présenta deux petits bouddha, pris dans une pagode pour être donnés à Gaud, et si drôles de tournure qu’il y eut un fou rire quand on les vit apparaître comme dernier lot. S’ils riaient, les marins, ce n’était pas par manque de coeur, mais par irréflexion seulement.

Pour finir, on vendit les sacs, et l’acheteur entreprit aussitôt de rayer le nom inscrit dessus pour mettre le sien à la place.

Un soigneux coup de balai fut donné après, afin de bien débarrasser ce pont si propre des poussières ou des débris de fil tombés de ce déballage.

Et les matelots retournèrent gaîment s’amuser avec leurs perruches et leurs singes.

Chapitre V

Un jour de la première quinzaine de juin, comme la vieille Yvonne rentrait chez elle, des voisines lui dirent qu’on était venu la demander de la part du commissaire de l’inscription maritime.

C’était quelque chose concernant son petit-fils, bien sûr; mais cela ne lui fit pas du tout peur. Dans les familles des gens de mer on a souvent affaire à l’Inscription; elle donc, qui était fille, femme, mère et grand’mère de marin, connaissait ce bureau depuis tantôt soixante ans.

C’était au sujet de sa délégation, sans doute; ou peut-être un petit décompte de la Circé à toucher au moyen de sa procure. Sachant ce qu’on doit à M. le commissaire, elle fit sa toilette, prit sa belle robe et une coiffe blanche, puis se mit en route sur les deux heures.