Ces gamins de Ploubazlanec lui avaient tué son chat, et elle les menaçait de son bâton, très en colère et en désespoir:

— Ah! s’il avait été ici, lui, mon pauvre garçon, vous n’auriez pas osé, bien sûr, mes vilains drôles!...

Elle était tombée, parait-il, en courant après eux pour les battre; sa coiffe était de côté, sa robe pleine de boue, et ils disaient encore qu’elle était grise (comme cela arrive bien en Bretagne à quelques pauvres vieux qui ont eu des malheurs).

Yann savait, lui, que ce n’était pas vrai, et qu’elle était une vieille respectable ne buvant jamais que de l’eau.

— Vous n’avez pas honte? dit-il aux gamins, très en colère lui aussi, avec sa voix et son ton qui imposaient.

Et, en un clin d’oeil, tous les petits se sauvèrent, penauds et confus, devant le grand Gaos.

Gaud, qui justement revenait de Paimpol, rapportant de l’ouvrage pour la veillée, avait aperçu cela de loin, reconnu sa grand’mère dans ce groupe. Effrayée, elle arriva en courant pour savoir ce que c’était, ce qu’elle avait eu, ce qu’on avait pu lui faire, - et comprit, voyant leur chat qu’on avait tué.

Elle leva ses yeux francs vers Yann, qui ne détourna pas les siens; ils ne songeaient plus à se fuir cette fois; devenus seulement très roses tous deux, lui aussi vite qu’elle, d’une même montée de sang à leurs joues, ils se regardaient, avec un peu d’effarement de se trouver si près; mais sans haine, presque avec douceur, réunis qu’ils étaient dans une commune pensée de pitié et de protection.

Il y avait longtemps que les enfants de l’école lui en voulaient, à ce pauvre matou défunt, parce qu’il avait la figure noire, un air de diable; mais c’était un très bon chat, et, quand on le regardait de près, on lui trouvait au contraire la mine tranquille et câline. Ils l’avaient tué avec des cailloux et son oeil pendait. La pauvre vieille, en marmottant toujours des menaces, s’en allait tout émue, toute branlante, emportant par la queue, comme un lapin, ce chat mort.

— Ah! mon pauvre garçon, mon pauvre garçon... s’il était encore de ce monde on n’aurait pas osé me faire ça, non, bien sûr!...