Elle l’écoutait avec une extrême surprise. Comment donc savait-il tout cela? Qui se serait imaginé qu’il y avait fait attention et qu’il était capable de le retenir?...
Lui, souriait, faisant le mystérieux, et racontait encore d’autres petits détails, même des choses qu’elle avait presque oubliées.
Maintenant, sans plus l’interrompre, elle le laissait dire, avec un ravissement inattendu qui la prenait tout entière; elle commençait à deviner, à comprendre: c’est qu’il l’avait aimée, lui aussi, tout ce temps-là!... Elle avait été sa préoccupation constante; il lui en faisait l’aveu naïf à présent!...
Et alors qu’est-ce qu’il avait eu, mon Dieu; pourquoi l’avait-il tant repoussée, tant fait souffrir?
Toujours ce mystère qu’il avait promis d’éclaircir pour elle, mais dont il reculait sans cesse l’explication, avec un air embarrassé et un commencement de sourire incompréhensible.
Chapitre III
Ils allèrent à Paimpol un beau jour, avec la grand’mère Yvonne, pour acheter la robe de noces.
Parmi les beaux costumes de demoiselle qui lui restaient d’autrefois, il y en avait qui auraient très bien pu être arrangés pour la circonstance, sans qu’on eût besoin de rien acheter. Mais Yann avait voulu lui faire ce cadeau, et elle ne s’en était pas trop défendue: avoir une robe donnée par lui, payée avec l’argent de son travail et de sa pêche, il lui semblait que cela la fit déjà un peu son épouse.
Ils la choisirent noire, Gaud n’ayant pas fini le deuil de son père. Mais Yann ne trouvait rien d’assez joli dans les étoffes qu’on déployait devant eux. Il était un peu hautain vis-à-vis des marchands et, lui qui autrefois ne serait entré pour rien au monde dans aucune des boutiques de Paimpol, ce jour-là s’occupait de tout, même de la forme qu’aurait cette robe; il voulut qu’on y mis de grandes bandes de velours pour la rendre plus belle.